La militante féministe Thérèse Clerc est morte à 88 ans

Militante féministe de la première heure, éprise de liberté, Thérèse Clerc, fondatrice de la Maison des Babayagas, résidence autogérée pour femmes âgées à Montreuil (Seine-Saint-Denis), est décédée mardi 16 février à l’âge de 88 ans, a annoncé sa biographe. Atteinte d’un cancer, elle « s’est éteinte paisiblement chez elle », a précisé à l’AFP Danielle Michel-Chiche, auteure de la biographie Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs (édition des Femmes) et son amie de longue date.

Thérèse Clerc est la fondatrice de la Maison des Femmes, ouverte aux femmes de tous âges, victimes de violence, en insertion ou réinsertion, et de la Maison des Babayagas, toutes deux à Montreuil. Elle a également créé l’Université des Savoirs sur la Vieillesse (UNISAVIE).


« Elle a su faire de sa vie un combat et une fête »


Née le 9 décembre 1927, féministe engagée, elle avait milité notamment au Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception (MLAC), au Mouvement de la paix ou encore au Parti socialiste unifié (PSU). « Citoyenne et utopiste jusqu’au bout, inconditionnel défenseur de la liberté, elle a su faire de sa vie un combat et une fête », a souligné sa biographe.

Des hommages lui ont été rendus par la classe politique, notamment par la ministre de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, et la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem

Mère de 4 enfants, quatorze fois grand-mère, mariée à 20 ans et divorcée à 40 ans, Thérèse Clerc s’était rendue compte qu’elle préférait les femmes. « J’ai complètement occulté ma première vie où je me suis profondément ennuyée », avouait-elle en 2012 à l’occasion de la sortie du documentaire de Sébastien Lifshitz « Les Invisibles » dont elle était l’une des « héroïnes ».

Chevalier de la Légion d’honneur en 2008, elle s’était battue pendant quinze ans pour fonder la Maison des Babayagas, ouverte début 2013, avec une vingtaine de colocataires âgées de 60 à 80 ans, installées dans des studios individuels au coeur d’un seul et même bâtiment. Il s’agissait pour ces femmes attachées à leur indépendance de « vieillir ensemble », « en toute liberté », expliquait-elle alors. Les Babayagas empruntent leur nom aux sorcières mangeuses d’enfants des contes russes.

Le 15 janvier, la Maison des Femmes avait pour sa part été baptisée « Maison des Femmes Thérèse Clerc », en sa présence.

Femme libre par excellence, elle ne s’interdisait rien. N’hésitant jamais à prendre la parole pour dénoncer une injustice, « pousser un coup de gueule » pour remuer un peu les politiques qui rechignaient à l’aider à mettre en œuvre ses projets… Allant même jusqu’à poser nue pour prouver qu’un corps de « vielle », mot qu’elle revendiquait, pouvait être beau. Et à propos de beauté, ceux qui l’on croisée se souviennent assurément de son visage rayonnant et de l’énergie incroyable que dégageait cette femme-tempête.

Mariée à vingt ans, mère de quatre enfants, Thérèse Clerc décide de changer de vie en 1968, où parmi les manifestantes de mai, elle fait sa révolution personnelle. Elle divorce en 1969 et commence une vie de militantisme intense pour les droits des femmes : elle participe au MLF, milite à la CGT, au PSU et crée un groupe de contestation féministe au sein de l’Eglise. En 1997, elle crée l’association La Maison des Femmes de Montreuil, qui ouvre ses portes au public trois ans plus tard. La même année, suite au décès de sa mère, elle commence à réfléchir à un projet de maison de retraite pour les femmes reposant sur les valeurs d’autogestion, de solidarité, de citoyenneté et d’écologie.

Depuis  15 janvier dernier, la Maison des Femmes de Montreuil, qu’elle avait fondée portait son nom.  Cette institution montreuilloise est une des deux grandes réalisations de cette défenderesse invétérée des droits des femmes. L’autre, également dans sa ville était la Maison des Babayagas. Baptisée ironiquement du nom d’une ogresse issue d’un conte  russe,  cette maison de retraite autogérée réservée aux femmes a finalement ouvert en 2013, avec une vingtaine de colocataires âgées de 60 à 80 ans, installées dans des studios individuels au cœur d’un seul et même bâtiment. Militantes du bien vieillir, Thérèse a bataillé quinze années durant pour que ce projet qu’elle qualifiait d’« utopie réaliste » voit le jour et que ces femmes attachées à leur indépendance de « vieillir ensemble », « en toute liberté », expliquait-elle alors.

Et parce que l’émancipation passe par la connaissance et qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre, cette citoyenne et utopiste jusqu’au bout a également créé l’Université des Savoirs sur la Vieillesse (UNISAVIE), première université populaire intergénérationnelle, ouverte à tous.

Le maire de Montreuil Patrice Bessac s’est dit pour sa part « profondément touché par le décès de Thérèse Clerc, figure du féminisme et de l’engagement citoyen ». C’est en 1974 qu’elle avait choisi de poser ses bagages dans cette ville de la banlieue parisienne. Surnommée « Thérèse de Montreuil, elle s’y est investie avec tout son coeur et toute son âme, généreuse, tendre, intègre, farouchement libre et indépendante », a salué l’élu PCF.

Thérèse Clerc avait  su faire de sa vie un combat et une fête. Sans elle aujourd’hui c’est à chacun et chacune de reprendre le flambeau.

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