Comment surveiller (et nettoyer si besoin) sa réputation en ligne

L’e-reputation est un matériau délicat : il suffit que quelqu’un dise du mal de vous ou que votre blog-journal intime ressurgisse pour saper votre image professionnelle. Avant que vos collègues et des recruteurs ne le remarquent, un expert en réputation en ligne nous donne des solutions.

Vous avez vécu une jeunesse insouciante. Au début des années 2000, dès le lendemain de vos soirées à thème « jungle », vous partagiez sur Flickr les photos de vous et vos amis, cheveux hirsutes, drapés d’une peau de léopard. Sur Facebook, vos petits amis vous tagguaient dans des déclarations enflammées, illustrées de vos selfies-bisous couronnés de cœurs. Votre vie a suivi son cours, tout comme la révolution numérique. Une fois sur le marché du travail, vous avez tout laissé en plan. Un beau jour, vous n’avez pas compris pourquoi votre collègue Jérôme vous a fait « roarrr » dans le couloir ni pourquoi Nadine vous a surnommée  « chouchou-milou » à la pause déjeuner. Soudain, tout a ressurgi dans votre mémoire. Les vestiges de votre vie privée en ligne ont été déterrés par vos collègues malveillants ou un moteur de recherche peu regardant. Dommage : vous étiez en train de démarcher des recruteurs pour changer d’entreprise. Pas de panique : il existe des moyens pour retrouver les éléments compromettants et redorer votre e-reputation. Marcel Rebolle, le fondateur de l’agence WEreputation, nous guide.


Qu’est-ce qu’une info compromettante ?


Vous manquez de faire une syncope en pensant au nombre de dossiers gênants que le Web détient sur vous. Soudain, vous n’avez pas une mais trente épées de Damoclès au-dessus de la tête. Respirez. « Tout le monde a le droit de faire la fête, rassure Marcel Rebolle.Tant que l’information ne remet pas en question vos compétences professionnelles, votre éthique, vos qualités morales ou physiques, au regard de la culture de votre entreprise mais aussi de votre environnement de travail. » Ne paniquez donc pas pour cette photo inoffensive de vous avec un cocktail à la main. En revanche, inquiétez-vous de ce cliché de vous, pancarte dans une main, haut-parleur dans l’autre, en tête de file d’une manifestation politique.


Les outils pour veiller


Remontez-vous les manches. Il faut faire un état des lieux, pour voir ce que le Web dit de vous. On commence par taper ses « prénom nom » entre guillemets dans la barre de recherche de Google. Selon Marcel Rebolle, les recruteurs vont en général jusqu’à la troisième page du moteur de recherche. Pour éviter de refaire l’inventaire chaque semaine, mobilisez des vigies qui vous alerteront lorsqu’un nouveau contenu vous mentionne. « Il faut créer des alertes pour être au plus près du départ de l’incendie. » Vous pouvez utiliser : Mention, Google Alert, Osculteo ou encore Alerti.


Les outils pour supprimer


Vous avez tout fouillé et heureusement. Des entrailles de la Toile, vous avez retrouvé votre blog-journal intime. Et n’avez pas vraiment envie que votre collègue Benoît apprenne qu’en 2004, « Grégoire faisait couler des larmes d’encre sur votre cœur ». Fouillez dans votre boîte mail pour retrouver vos codes d’accès. Certains sites malicieux font exprès de rendre le formulaire de suppression de votre compte introuvable. Heureusement, les sites comme AccountKiller ou DeleteYourAccountsont là pour vous diriger vers les bonnes url. Si vos codes d’accès sont partis dans la corbeille avec tous les spams, contactez directement l’hébergeur.

Votre passé est blanc comme neige. Mais voilà qu’un jour, vous êtes alerté au sujet d’un propos médisant à votre égard apparu sur un forum. « Il faut réagir vite mais pas dans l’urgence. Certains clients viennent me voir car ils ont aggravé le problème en réagissant trop vite », atteste Marc Rebolle. C’est ce qu’on appelle « l’effet Barbra Streisand ». Si vous réagissez en contre-attaquant, vous attirez d’autant plus l’attention sur le ragot d’origine. « Le protocole est le suivant : il faut observer, bien lire, bien comprendre ce qui se dit. Consultez vos amies pour avoir un œil objectif et éviter les mauvaises interprétations. Rappellez-vous du contexte : demandez-vous qui aurait pu faire ça, pourquoi. Généralement, il n’y a pas besoin de remonter bien loin. » Vous pouvez alors signaler le contenu et générer une demande de droit à l’oubli via Google ou sur le site Forget.Me.


Faire appel à un pro


Tant de malveillance vous taraude. Qui a bien pu médire sur votre délicieuse personne ? Si le doute vous ronge, faites appel à une agence d’e-reputation pour jouer au détective. D’autres cas de figure imposent de s’en remettre à des professionnels. « Une fois, une cliente était paniquée car un des premiers résultats de recherche sur Google affirmait qu’elle avait couché avec son patron. On a enquêté, retrouvé l’IP, l’immeuble de l’initiateur de la rumeur : c’était un amoureux éconduit, témoigne Marcel Rebolle. Les femmes sont plus souvent victimes d’attaques à l’intégrité. Leurs anciens conjoints peuvent diffuser des photos personnelles, mettre leur numéro sur des sites d’escort-girl, quand il ne s’agit pas de détailler leur vie privée en ligne… Il faut alors enquêter pour retrouver qui est responsable. »

Même scénario quand la plateforme qui détient les éléments embarrassants a été rachetée depuis par d’autres opérateurs. « Il faut retrouver le dépositaire du nom du site, s’il s’agit d’une entreprise française, européenne ou internationale, voir à quelle juridiction elle est soumise… Ça peut être long et fastidieux. Certaines entreprises rachètent des sites pour en faire un business mafieux et rackettent les personnes qui demandent de supprimer des informations. Dans ce cas-là, il vaut mieux contacter une agence spécialisée. Parfois il n’y a aucun recours juridique alors on met en place une stratégie pour occuper l’espace et faire oublier l’information compromettante. » L’opération peut coûter entre 350 et 6000 euros.


Occuper le terrain


Dommage : YouTube refuse de supprimer la vidéo de votre karaoké d’I Will Survive au réveillon 2001. Autre stratégie possible : faire encore plus de bruit avec de nouveaux contenus pour renvoyer la fameuse vidéo à la dixième page de résultats de Google. « Tout contrôler n’est pas possible. En revanche, on doit faire de la prévention en occupant l’échiquier, c’est comme un jeu, explique Marcel Rebolle. Plutôt que de subir ce qui se dit sur vous, créez votre propre réputation, engagez-vous. Occupez le terrain sur Viadeo, LinkedIn, Twitter et Facebook. » Ce qui ne vous empêche pas d’être sélectif et exigeant. Ne créez pas un profil sur chaque plateforme, ne devenez pas ami avec n’importe qui. « Votre e-reputation est un capital qu’il faut entretenir et faire fructifier d’année en année… jusqu’à ce qu’il vous ouvre des portes. »


Source madame.lefigaro.fr

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